Le virage électrique attire, mais il peut aussi donner le vertige. Et si, au lieu de foncer tête baissée, on apprenait à cartographier le trajet avant de tourner la clé ? Bertrand Lefort, président d'Indelec, livre ses conseils pour passer le cap sans surchauffe.

 

Déclic Mobilités : Pour une entreprise, électrifier sa flotte, c’est autant un choix écologique qu’économique. Mais encore faut-il éviter les faux départs. Quels sont, selon vous, les déclencheurs et les erreurs à ne pas commettre ?

 

Bertrand Lefort : Je dirais que la première motivation est idéologique. Les décisionnaires souhaitent réduire l'empreinte carbone de leur société dans le contexte de leur politique RSE ou encore dans le cadre de la directive CSRD.

Un deuxième élément de motivation est dicté par des avantages financiers. L’installation d’une flotte électrique permet de bénéficier d’une exonération de la taxe sur les émissions de polluants atmosphériques, d’une fiscalité avantageuse sur l'avantage en nature, et aussi de quelques aides locales dispensées par les régions et les collectivités.

L’erreur la plus fréquente reste le manque de réflexion préalable. S’équiper de véhicules électriques peut donner l'impression de faire un pas vers l'inconnu.  Pour une transition sereine, il est essentiel de bien se renseigner et de recueillir des témoignages afin d’effectuer le bon choix du véhicule et du système de recharge. Il convient de s'interroger sur le type de chargeur nécessaire (normal, accéléré, rapide, très rapide) et le temps de recharge.

 

Déclic Mobilités : Si vous deviez résumer la transition vers l'électrique en trois étapes clés pour qu'elle soit réussie, quelles seraient-elles ?

 

Bertrand Lefort : La première étape est de bien définir les usages des véhicules. Identifier les trajets types de la flotte – urbains, périurbains, autoroutiers – pour choisir des véhicules adaptés en termes d’autonomie et de puissance de charge. Plus la batterie est grande, plus le véhicule est cher et long à charger : il s’agit donc de trouver le bon équilibre technico-économique.

La deuxième étape consiste à faire le bon choix des véhicules et de l'infrastructure de recharge. Celle-ci doit être pensée en cohérence avec l’usage : sur le parking de l’entreprise ou au domicile des salariés pour optimiser le temps de recharge ou bien en itinérance… On détermine alors la puissance nécessaire, le type de courant (alternatif ou continu), et le dimensionnement global du réseau.

La troisième étape, une fois l’installation effectuée, est de rendre la recharge simple et fluide pour les collaborateurs. Cela passe par de la pédagogie, de la formation, de la communication sur les véhicules et les infrastructures de charge. L’entreprise peut aussi choisir d’ouvrir ses bornes au public par le biais d’un opérateur de charge – avec la possibilité de tarifer et de référencer ses points de charge sur les plateformes spécialisées. Il existe aussi des opérateurs de mobilité qui mettent à disposition des cartes de recharge. Cela permet d’identifier chaque utilisateur et de gérer les droits et la facturation.

 

Déclic Mobilités : Le coût initial est souvent perçu comme un frein. Comment une entreprise peut-elle s'assurer que l'électrification de sa flotte sera économiquement rentable à moyen et long terme ?

 

Bertrand Lefort : Effectivement, le coût d’achat d’un véhicule électrique reste supérieur à celui d’un modèle thermique. Mais il faut raisonner sur le long terme. Les coûts d’entretien sont bien moindres : plus de vidanges, moins d’usure mécanique, moins de révisions. En parallèle, le coût de l’énergie reste un argument fort : recharger son véhicule à l’entreprise revient à environ 3,20 € pour 100 km, contre environ 10 € en thermique.

Certaines collectivités proposent aussi des avantages au stationnement pour les véhicules électriques, et la fiscalité actuelle sur l’avantage en nature est favorable. Pour les entreprises souhaitant aller plus loin, il est possible de faire réaliser une étude de retour sur investissement (ROI) par un cabinet spécialisé.

 

Déclic Mobilités : Concrètement, comment simplifiez-vous la vie des entreprises qui se lancent ?

 

Bertrand Lefort : Nous commençons toujours par l’écoute et le diagnostic : comprendre les besoins, les usages, le profil des véhicules, la capacité électrique du site. Nous réalisons ensuite une étude de faisabilité pour évaluer la puissance disponible, ajuster si nécessaire l’abonnement, voire dédier un abonnement spécifique à la recharge.

Indelec Mobility est à la fois opérateur de charge et de mobilité, une double expertise qui lui permet d’accompagner ses clients de bout en bout : dimensionnement, installation, pilotage intelligent des bornes, suivi des consommations. Nos solutions peuvent même s’adapter en temps réel à la variabilité des besoins en électricité du site pour n’utiliser que l’énergie résiduelle avec l’infrastructure de recharge.

En somme, nous accompagnons nos clients dans la recherche d'une solution personnalisée, pour imaginer l'infrastructure qui s'adapte le mieux à leurs besoins.

 

Déclic Mobilités : Quel est, selon vous, le conseil essentiel pour réussir sa transition et embarquer les équipes ?

 

Bertrand Lefort : Il faut chasser les peurs et démystifier la mobilité électrique. Aujourd’hui, toutes les solutions techniques existent et sont éprouvées. La transition vers l’éléctro-mobilité n’est plus une contrainte, mais une opportunité. L’attentisme est souvent un réflexe face à la nouveauté, mais les constructeurs, y compris français, proposent désormais des véhicules électriques performants dans toutes les gammes.

Bref, il n’y a plus de raison d’attendre !

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