Les véhicules électriques, une solution durable ?current gas station 4636710 1920

 

« Sympathique, la voiture électrique ! » peut-on lire sur la campagne du Gouvernement visant à promouvoir l’achat de ces véhicules.

Les nombreuses subventions accordées aux Français en vue de se doter d’un Véhicule Electrique (VE) moins polluant et moins émetteur de gaz à effet de serre ont porté leurs fruits. En effet, le plan de soutien aux « véhicules propres », qui comprend une enveloppe de huit milliards d’euros pour soutenir l’industrie automobile, propose des aides à l’achat avoisinant les 10k€, des subventions allant jusqu’à 9k€ pour l’installation d’un chargeur rapide et une batterie d’incitations pour les particuliers.

Une grande partie des Etats européens a poussé le développement de ces véhicules électriques, qui ont vu leurs ventes doubler en 2020 et tripler pour les voitures hybrides rechargeables. Les ventes de voitures électriques représentent désormais 2.5% des ventes de voitures neuves dans le monde. (Source : ACEA)

 

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Le marché automobile en Europe en 2020 (AFP - Vincent LEFAI)

 

La stratégie de renouvellement du parc automobile est ambitieuse, mais est-ce la bonne solution pour le futur de nos mobilités ?

 

Les bénéfices environnementaux, sociaux et économiques

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La pollution de l’air, responsable chaque année de plus de 8 millions de décès prématurés dans le monde (48 000 en France), est un réel fléau pour la santé humaine.  Selon une étude parue dans la revue Environmental Research, c’est donc 1 décès sur 5 qui serait lié à la combustion d’énergies fossiles, ce qui souligne le caractère impérieux de nos changements de comportement.

En misant sur la voiture électrique, le Gouvernement contribue à l’amélioration de la qualité de l’air dans les villes. Sans sortie d’échappement, les voitures électriques ne produisent aucune émission de dioxyde de carbone lors de la conduite, un bénéfice immédiat pour les usagers et les personnes résidant à proximité des routes.

L’amputation d’une partie des particules fines émises n’est pas le seul bénéfice des VE pour les citadins. En effet, ces voitures sont beaucoup moins bruyantes, leur moteur quasi-silencieux pourrait ramener de la quiétude en ville et par conséquent résorber ce problème de santé publique.

Sur le plan économique, il est aujourd’hui très avantageux d’acquérir une voiture électrique à la place d’un véhicule thermique grâce aux offres de reprise et aux aides à l’achat. En France, effectuer 100 kilomètres en voiture électrique coûte moins de 3€ d’électricité, contre plus de 6€ de carburant avec un modèle diesel équivalent ou près de 9€ s’il s’agit d’un véhicule à essence. De plus, ces véhicules ont un faible coût d’entretien, leur fiabilité étant due à la simplicité du moteur, le nombre moins important de pièces ou encore le freinage régénératif qui permet d’économiser les freins. Certaines villes proposent également des stationnements gratuits pour les véhicules électriques, ce qui se révèle être une économie importante pour les utilisateurs.

Pour une entreprise, le verdissement de la flotte peut également avoir des avantages concernant son attractivité. En effet, selon l’étude EvBox, on apprend que 1 Français sur 4 aimerait travailler pour une entreprise qui propose des véhicules électriques.

 

Solution ou chimère ?

L’analyse du cycle de vie

Bien que la voiture électrique apporte une réponse aux enjeux de la pollution urbaine, la notion de « véhicule propre » utilisée par le Gouvernement ou l’industrie automobile mérite d’être nuancée.

En effet, la fabrication de la batterie et de la motorisation de ces voitures nécessite beaucoup plus d’énergie que pour un moteur thermique. On estime que la production de ces nouveaux véhicules émet deux fois plus de gaz à effet de serre que pour les voitures à essence. Pour « compenser » ce déficit par rapport aux véhicules thermiques, il faudrait donc rouler entre quelques dizaines de milliers à quelques centaines de milliers de kilomètres selon les études et les modèles de voiture. Ainsi, si une batterie doit être remplacée, le bilan carbone explose et les bénéfices se font moins flagrants. 

Cela nous amène également à se poser la question de la production d’électricité. Même si en France la part d’énergie décarbonée est très importante, grâce au nucléaire et à la part grandissante des énergies renouvelables, à l’échelle Européenne le constat est différent. Dans l’hypothèse où l’électricité est produite avec du charbon ou du gaz, les économies d’émissions de gaz à effet de serre ne sont plus aussi importantes qu’avec de l’énergie verte et alourdit encore l’empreinte carbone du véhicule.

 

Et si nous ne faisions que déplacer la pollution ?

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Comme nous l’avons expliqué précédemment, cette production délocalisée des batteries contribue nettement plus au réchauffement climatique. Par ailleurs, leur système actuel de production engendre l’intoxication et l’eutrophisation des réserves d’eau douce, l’artificialisation des réserves naturelles et donc la disparition de la biodiversité locale.

En effet, la destruction de zones naturelles et la mise en danger des populations autochtones y vivant (comme dans le bassin des Salinas Grandes ou la lagune de Guayatayoc), dans l’unique but d’exploiter le lithium présent dans le sol, posent de réelles questions d’éthique et de durabilité. L’extraction de ce métal, indispensable aux batteries « lithium-ions », est très énergivore en eau et le pompage de la saumure fait migrer le peu d’eau douce disponible vers les profondeurs, rendant la survie encore plus difficile pour les populations locales et leurs terres agricoles.

Outre le lithium, les batteries contiennent des cathodes de cobalt, dont plus de la moitié provient du Congo-Kinshasa, où il est extrait sans respect pour l’environnement et les droits humains. Pour électrifier les véhicules il est également impératif d’avoir du cuivre dont l’exploitation disperse de nombreux métaux dans l’air ou dans l’eau comme l’arsenic, le plomb ou le cadmium, qui sont très toxiques.

Nous voyons donc qu’en 2021, malgré de nombreuses améliorations les véhicules électriques ne sont pas encore une solution durable.

Que faut-il espérer des innovations technologiques et réglementaires ?

Les avancées technologiques

Aujourd’hui, les problèmes majeurs sont donc : la chaine d’approvisionnement, le recyclage des matériaux et la provenance de l’énergie qui alimente les voitures.

En Europe il n’est pas encore obligatoire de réutiliser le lithium ou le cobalt car la loi impose de recycler uniquement 50% de la masse de la batterie. Les procédés actuels (la pyrométallurgie notamment) ne permettent seulement de recycler 50 à 70% de ces précieux composants et polluent beaucoup. Cependant, les nombreuses avancées technologiques nous permettent d’envisager un avenir plus vert pour ces batteries, avec des techniques à l’étude (l’hydrométallurgie par exemple) qui permettraient de recycler les batteries à l’infini. 

Autre solution prometteuse qui pourrait verdir cette industrie, les batteries sodium-ions, qui ne contiennent aucun produit toxique ou de métaux lourds, contrairement aux processus antérieurs. Une première ligne de production est actuellement en étude à Amiens.

 

L’aspect législatif

Sur le plan réglementaire, les véhicules électriques sont clairement plébiscités par le Gouvernement et de nombreuses incitations ont été mises en place. Concernant le problème de la recharge, l’Etat Français souhaite augmenter le nombre et la qualité des bornes de recharge afin de ne pas mettre à l’écart certaines régions, il prévoit actuellement d’avoir 100 000 bornes sur le territoire d’ici la fin de l’année 2021. Il a d’ailleurs récemment annoncé la création d’une enveloppe de 100M€ pour accompagner toutes les sociétés souhaitant les développer sur les grands axes routiers français, et les installations pourront être soutenues à hauteur de 30 à 40%.

La loi LOM a d’ailleurs instauré l’obligation, pour les entreprises ayant une flotte d’au moins 100 véhicules, de renouveler leur parc automobile afin de posséder des véhicules électriques ou hybrides. Selon le décret n°2020-1726 du 29 décembre 2020, cette modernisation doit s’effectuer ainsi :

  • 10 % du renouvellement à partir du 1er janvier 2022 ;
  • 20 % du renouvellement à partir du 1er janvier 2024 ;
  • 35 % de ce renouvellement à partir du 1er janvier 2027 ;
  • 50 % de ce renouvellement à partir du 1er janvier 2030.

 

Cette loi prévoit également l’apparition des Zones à Faibles Emissions. Toutes les agglomérations de plus de 150 000 habitants, soit 35 territoires, devront créer leur ZFE afin d’encourager les mobilités durables et par conséquent le déploiement des véhicules électriques.

On voit donc que le chemin est tout tracé pour les véhicules électriques mais ces derniers soulèvent encore de nombreux problèmes. Le Gouvernement a choisi de massifier ce mode de transport, il faut donc donner le temps et les moyens à la recherche de fournir des innovations technologiques qui pallieront ces problèmes de déchets et d’extraction des métaux. A ce moment donné, la voiture électrique pourra donc être considérée comme un véhicule vert.

 

Quid des alternatives ?

Remplaçant idéal du diesel, le monde a actuellement les yeux tournés vers l’hydrogène qui pourrait s’imposer pour les longs trajets et remplacer ces batteries énergivores. En outre, de nombreuses solutions alternatives à la voiture existent et de nombreuses autres doivent être développées : accroître la recherche sur les mobilités « low tech », subventionner les constructeurs et réparateurs de vélos, réhabiliter les vieilles lignes de train dont l’infrastructure est déjà en place et amortie depuis des décennies…

 

Pour aller plus loin :

https://www.jpa.fr/actualites/juridiques/verdissement-du-parc-automobile-des-entreprises-qui-est-concerne--10801

https://www.environnement-magazine.fr/mobilite/article/2020/12/10/131461/tribune-vehicule-electrique-hybride-solutions-mobilite-demain

https://unpointcinq.ca/sinspirer/recyclage-des-batteries-des-voitures-electriques-aux-coeurs-plus-legers/

https://www.insee.fr/fr/statistiques/5013868#titre-bloc-22

https://reporterre.net/Non-la-voiture-electrique-n-est-pas-ecologique

https://reporterre.net/La-voiture-electrique-cause-une-enorme-pollution-miniere

https://chargeguru.com/fr/fiches-pratiques/2020/07/01/vrai-ou-faux-limpact-de-la-voiture-electrique-sur-lenvironnement/

https://www.greenly.earth/blog/empreinte-carbone-batterie

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