Les modes actifs et nouvelles mobilités urbaines : un atout pour les Plans de Mobilité ?

Atelier du 5 mars 2019

Retrouvez la présentation PowerPoint à ce lien

Une question pour démarrer : comment définir ces nouvelles mobilités, véritables OVNI dans le paysage urbain ? Ces nouveaux modes de déplacement et leur usage se donnent tous un objectif commun : trouver toutes les alternatives à l'usage de la voiture individuelle par un mode « actif » qui fait appel à l'énergie du corps humain, qui devient alors le moteur pour le déplacement. Ces moyens : vélo et trottinette pour ne citer que les plus classiques, sont tous plus rapides, plus flexibles que l'usage de la voiture. Économiques, écologiques, garants d’une certaine autonomie, ils offrent des atouts dans les environnements urbains très encombrés.

IMG 9697

Un rapide tour de table chez les participants révèle un premier constat. Même si ces nouveaux modes actifs offrent sur le papier un véritable capital sympathie et de belles opportunités pour structurer les plans de mobilité, ils soulèvent pourtant quelques questions quant à leur mise en place.

Comment concilier ce type d'usage entre vie professionnelle et vie privée, et notamment lors de déplacements professionnels ? Quelles approches pour mutualiser les moyens ? Quel accompagnement pour installer les changements des mentalités ? Comment réenclencher les envies individuelles (le goût à l'effort, envie de faire du sport...) ? Comment sécuriser et intégrer dans le paysage urbain ces nouvelles pratiques ?

 

Premiers éléments de réponse avec la démarche VéloTAF de Norauto – présentation de Sophie Menez, service Développement durable

Les déplacements en voiture ne sont clairement plus l'avenir mais comment promouvoir de nouveaux déplacements ? Afin d'accompagner son PDM, Norauto souhaite engager des actions concrètes en faveur des mobilités actives pour les collaborateurs travaillant sur le site du siège de l'entreprise. Une problématique : le siège est basé sur la zone du CRT de Lesquin, un véritable paradis pour les véhicules (voitures et camions) qui laisse très peu de place aux déplacements doux comme le vélo (absence de pistes cyclables) et par voie de conséquence multiplie les dangers lors des déplacements. Si les transports en commun sont une réponse au plan de mobilité, ils ne peuvent pas être l'unique option disponible en parallèle du covoiturage. Alors comment mobiliser les collaborateurs et les accompagner pour choisir le vélo ?

Présentation de l'opération VéloTafIMG 9708

L'opération VéloTaf a démarré par différentes opérations de communication pour informer et mobiliser les collaborateurs. Plusieurs actions en faveur du vélo ont été engagées, la plus marquante restera la création d'un "influenceur" au ton décalé, installant l'opération (et l'usage du vélo) par de petites séquences vidéo sur la chaîne YouTube de l'entreprise. En parallèle, la mise en place de l’indemnité kilométrique vélo (IKV) a été décidée par l'entreprise pour les salariés adoptant ce mode de déplacement. Différentes opérations de sensibilisation et des actions gratuites engageantes ont été déclenchées avec comme point d'orgue la mise à disposition gratuite d'une flotte de 6 vélos à assistance électrique. Objectif affiché de l'opération VéloTaf : faire tester ce mode de déplacement à au moins 15% des collaborateurs en 3 ans.

 

Premier bilan après quelques semaines :

  • 6 vélos mis à disposition
  • 16 utilisateurs actifs sur 10 semaines
  • 3 trajets par semaine en moyenne (80% des utilisateurs viennent au travail avec le vélo)
  • 2/3 l'ont utilisé le week-end et l'ont fait tester à des proches 
  • Très bon retour de la part des salariés
  • Un point négatif : attention aux accidents du travail liés aux risques de la zone géographique

Quelques constats :

Après une année de test, un premier constat apparaît : la mise à disposition d'une flotte gratuite de vélos est engageante et facilite le passage à l'acte. La mise à disposition de vélos à assistance électrique est un réel plus, ils rassurent notamment pour réaliser des parcours parfois longs. La présence de douches dans l'entreprise est nécessaire, même si elles ne concentrent pas les points de blocage les plus importants. On constate des pics d'usage à la belle saison, donc plus facile de démarrer l'opération à partir du printemps. Une flexibilité des managers est indispensable pour permettre aux collaborateurs d'adapter les habitudes de travail : décalage des horaires, association du télétravail et de la mobilité douce... La possibilité de cumuler des IKV et des indemnités transports en commun est aussi un réel plus. IMG 9702

De nouveaux objectifs : 

  • La démarche touche peu de collaborateurs : 16 utilisateurs sur 650 personnes sur le siège à Lesquin. C'est assez faible, il faudra trouver de nouveaux leviers pour convertir de nouveaux usagers.
  • Une étude est menée en interne pour financer l'achat de son vélo à assistance électrique (location, achat, partenariat avec organisme de crédit).
  • Il est nécessaire de travailler la complémentarité des différents modes de déplacements et leurs usages : ne pas opposer voiture et vélo car c'est un frein au passage à l'acte, mais plutôt montrer leur complémentarité.
  • Installer la flexibilité : souplesse dans les horaires de travail, télétravail, tiers lieux, repenser les organisations, plus de bureau attitré...
  • Améliorer la déclaration des trajets à vélo et les kilomètres en ligne : qui doit toujours être dans une logique de déclaratif et sur la confiance donnée aux collaborateurs.
  • Le futur siège de Norauto offrira volontairement très peu de places de parking : l’objectif est de travailler sur cette contrainte pour faire bouger les lignes.

 

Le conseil : profiter du contexte professionnel pour faire changer les comportements privés. Le covoiturage proposé aux collaborateurs leur permettra peut-être de franchir le pas dans la sphère privée.

Présentation de l'association Droit au Vélo (ADAV) et du Centre Ressource Régional en Ecomobilité (CREM) : promouvoir le vélo et les modes actifs.

Contact : Judicaël Potonnec - 03 20 86 17 25 - Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser. 

IMG 9714

www.ecomobilite.org 

L’association promeut et facilite les mobilités actives (la marche, le vélo, la trottinette) et améliore la sécurité des cyclistes et des piétons dans leurs déplacements quotidiens en Hauts-de-France. Elle mène avec ses adhérents des actions de sensibilisation et d’information et propose des solutions d’aménagement de la voirie. Depuis 2012, l’ADAV anime le Crem (Centre ressource régional en écomobilité) qui vise à structurer un réseau des acteurs de l’écomobilité scolaire et à accompagner le volet mobilité des politiques publiques. Au 31 décembre 2018, l’association comptait exactement 2 111 adhérents. Concrètement, les missions de l'ADAV sur le terrain permettent d'apporter des expertises et de sensibiliser les scolaires et les adultes, d'organiser différents événements, de fédérer un réseau d'associations indépendantes partenaires et de porter différents sujets comme le marquage contre le vol...

Les grands avantages des modes actifs.

Au premier rang des bénéfices des modes actifs, nous pouvons placer la bonne santé physique et psychique. Les déplacements actifs agissent en prévention notamment des maladies cardiovasculaires, de l'hypertension artérielle, de la surcharge pondérale, du diabète et du stress. Ils favorisent le sommeil, la socialisation, l'estime de soi et réduisent l'anxiété, la prise de médicaments dans certains cas...

Les modes actifs permettent aussi rapidité de déplacement et ponctualité en milieu urbain. Pour faire 3 km en ville, il faut en moyenne : 36 mn à pied, 12 mn en vélo, 7 mn en voiture si le trafic est fluide et le stationnement facile, 27 mn en cas de bouchon, 7 mn en bus si trafic fluide (18 mn si bouchon). Pratiquer un mode actif assure la maîtrise de son temps de trajet (sauf situation imprévue : problème mécanique, crevaison, accident sur le trajet...)

Les modes actifs assurent aussi de très bons résultats pour l'entreprise. Les collaborateurs arrivent au travail mois stressés et l'esprit plus libéré. L'absentéisme est moins fort chez les cyclistes et leur productivité jugée plus importante. Les cadres cyclistes se déclarent plus heureux au travail et souhaitent aménager les locaux pour faciliter les échanges et les espaces de convivialité. Les coûts liés au stationnement automobile baissent, et de manière générale une entreprise facilitant les modes actifs enregistre une baisse du turn-over. 

Les modes actifs permettent aussi d'augmenter le pouvoir d'achat : le coût d'une voiture personnelle est estimé entre 4 000 et 10 000 euros par an contre une centaine d'euros par an pour un vélo. 

 

Comment faciliter l'utilisation du vélo en entreprise dans le cadre d'un Plan de Mobilité ?

L'Indemnité Kilométrique Vélo permet la prise en charge par l'employeur des frais engagés par le salarié pour les trajets domicile-travail à vélo. Elle est intégrée au code du travail depuis 2016 et son montant est de 25 centimes par km parcouru (plafond de 200 euros d’exonérations de cotisations sociales pour l’entreprise, et d’impôt sur le revenu pour le salarié.) Elle est cumulable avec le remboursement des abonnements de TC (prime transport) si le trajet est multimodal. La nouvelle loi mobilité remplacera à partir de 2020 l'IKV par un nouveau forfait mobilité durable qui prendra aussi en compte le covoiturage. Le plafond de ce forfait sera de 400 euros par an (avec possibilité d'aller au-delà pour les entreprises le souhaitant). Chaque mois le salarié pourra modifier son type d'aide.

L'IKV a été mise en place par au moins 35 entreprises et collectivités dans la région. Au national bien plus d'une centaine d'entreprises l'ont mise en place. En 2 ans, le nombre de cyclistes déclarés a augmenté de 70% dans les entreprises qui l’ont testée. 60% d’entre elles estiment que la pratique du vélo est bonne pour leur image et le bien-être des salariés

Les aménagements extérieurs et intérieurs

Il est important de travailler un plan spécifique d'accessibilité vélo qui fera notamment le diagnostic de la cyclabilité autour de l'établissement et de la sécurisation des itinéraires... Un parking vélo (associé à une réduction des places de parking réservées aux voitures), des vestiaires et douches sont autant d'aménagements qui facilitent le passage à l'acte. Les aides matérielles se concrétisent elles, par la mise à disposition d'une flotte de vélos de service avec l'outillage nécessaire pour gérer les petites réparations et par des aides financières à l'achat d'un vélo et/ou des accessoires associés (antivols, éclairage, vêtements de pluie...)

La sensibilisation et la communication. Ces deux leviers sont indispensables. Ils permettront aux entreprises de fédérer les salariés autour des différents modes actifs et renforceront l'efficacité des plans de mobilité. Différentes actions de sensibilisation peuvent être organisées avec l'aide de l'ADAV : stand d'information (conseils pratiques sur les équipements, trouver les bons itinéraires...), sessions collectives de remise en selle pour se mettre en sécurité, balades découverte, participation à des challenges, tests de différents types de vélos, ateliers de réparation... Ces différents moments sont autant de déclencheurs pour les collaborateurs. Afin de renforcer leur efficacité, il est judicieux de les organiser sur les temps de travail pour dépasser la seule action de volontariat. Ces différents temps permettent aussi de rythmer les plans de mobilité entreprise et de renforcer leur efficacité. La réalisation de documents spécifiques permettra de restituer les informations pratiques pour les utilisateurs déjà engagés et pour les prochains, qui pourraient rejoindre le mouvement. Exemple : réalisation d'une fiche d'accessibilité pour informer les salariés, clients et fournisseurs des différents trajets autour de l'entreprise en fonction des modes de déplacements. 

 

Les nouvelles mobilités urbaines, aux prémices d'une révolution sociétale ?

Présentation d'Altermove par Jean-Baptiste DE GANDT.

IMG 20190305 112521

On constate depuis 2 ans une véritable envolée des nouveaux moyens utilisés pour les déplacements urbains. Le sujet est régulièrement traité dans l'actualité : trottinettes, vélos en libre-service, gyroroue, les nouvelles mobilités explosent et l'électricité amplifie cette tendance en se mettant au service de la mobilité durable (vélo, skateboard, trottinette électrique...). Ces nouveaux moyens apportent des réponses aux nouvelles aspirations sociétales. Liberté et multi-modalité sont dans l'air du temps. Les nouveaux utilisateurs osent, ils veulent changer de pratiques et souhaitent être libres dans leur choix. Le métro bondé est délaissé, l'indépendance et la liberté d'usa

ge sont des priorités. 

Autre tendance, on construit sa vie en intégrant l'idée de non-déplacement. Demain, on se déplacera moins, la tendance est engagée. On choisit déjà de se déplacer moins souvent en travaillant à la maison dès que possible ou en espace de co-working. On évite aussi les déplacements longs et privilégiant les visioconférences. Le lieu d'habitation est aussi de plus en plus déterminé pour limiter ou ne plus se déplacer en voiture lors de différents déplacements de la vie quotidienne : conduites à l'école et pour assurer les achats quotidiens (commerces de proximité...).

Les engins de nouvelle mobilité urbaine sont une opportunité pour les employeurs. Ils contribuent à la modernité de l'entreprise en renvoyant l'image d'une entreprise "dans le coup". En valorisant les utilisateurs pionniers, les entreprises accompagnent le changement et s'adaptent aux évolutions de la société. Par ces nouvelles pratiques, les entreprises peuvent repenser leur organisation : en limitant leur emprise au sol (baisse de la surface des parkings), en réduisant leurs déplacements professionnels, en faisant la part belle aux comportements vertueux qui privilégient les mobilités durables...

(pour plus de détails sur les différents engins présentés, consultez la présentation powerpoint)

La présentation se termine par un test de plusieurs engins de nouvelle mobilité urbaine : gyroroue, gyropode, hovershoes et trottinettes électriques... Un mot d'ordre pour conclure cet atelier : ne pas s’auto-stresser avec les questions d’accidentologie, de réglementation et tester dès que l'occasion se présente. 

IMG 20190305 120820

Partager sur les réseaux sociaux